Pierre-Michel MOISSON DESROCHES

Pierre-Michel MOISSON-DESROCHES  - Ingénieur visionnaire

Lors d’une visite de d’une délégation de « Fer de France » sur le chantier de régénération de ballast et traverses (RB+RT), sur la LGV SUD EST, à hauteur de Pasilly, j’ai été interpelé par le nom donné à la promotion : « Pierre-Michel MOISSON-DESROCHES ».

Cet article va lever le voile sur un personnage historique méconnu de la désormais plus que bi-centenaire histoire des chemins de fer dans le monde.

 

 

Tout d’abord une courte présentation de « Fer de France » : c’est une association loi 1901, actuellement présidée par Jean-Pierre Farandou, interprofession du ferroviaire qui associe tous les acteurs de la filière : autorités organisatrices, gestionnaires d’infrastructures, industriels, opérateurs et ingénieries. Membres actifs : Alstom, Fédération des Industries Ferroviaires, GART Getlink, RATPgroup, Régions de France, SNCF, SNCF Réseau, Société du Grand Paris, Syntec-Ingénierie UTP - Union des Transports Publics et ferroviaires.

Comme une des clefs de transformation de la filière est de donner aux futurs dirigeants, à un moment clef de leur parcours, l’occasion d’un travail transverse et décloisonné « Fer de France » a donc initié en 2014 la première promotion du cycle Moisson-Desroches. C’est un cycle interprofessionnel destiné aux jeunes dirigeants du ferroviaire. L’objectif des participants est de travailler sur les enjeux collectifs dans un contexte mondialisé et face à une demande globale : interactions dans la filière, concurrence internationale et intermodale, tendances émergentes de la mobilité, innovations. Les stagiaires suivent un cursus de conférences et visites sur une année, avec une ouverture internationale. Ils élaborent en groupes des mémoires de travail sur des thèmes stratégiques. Tout ceci favorise pour chacun une vision plus transverse du mode ferroviaire et de son « écosystème ».

Cet échange de haut niveau a été baptisé du nom de Pierre-Michel Moisson-Desroches, ingénieur français né en 1785, qui avait compris, avant les autres, l’intérêt stratégique du chemin de fer.

Fils de jardinier, Pierre-Michel Moisson-Desroches, Polytechnicien, Ingénieur en chef du corps des Mines, est né le 9 juillet 1785, à Caen, et décédé à 80 ans à Sury-le-Comtal.

Il a été professeur à l’école des mines de Saint-Étienne, et a organisé les études de l’école à la demande de son directeur, Louis-Antoine Beaunier (celui qui construisit la première ligne de chemin de fer en France, entre Saint-Étienne et Andrézieux, sur la Loire, concédée en 1823, est mise en service en 1827).

Pierre Michel Moisson-Desroches est connu pour être l'auteur d’un mémoire « Sur la possibilité d'abréger les distances en sillonnant l'empire de sept grandes voies ferrées » adressé en 1814 à Napoléon Ier. C’est la raison pour laquelle il est cité comme un précurseur des chemins de fer en France. Ce mémoire centrait sur Paris ces sept voies ferrées :

  • De Paris à Gênes par Lyon et Marseille ;
  • De Paris à Bordeaux ;
  • De Paris à Nantes ;
  • De Paris au Havre, par Rouen ;
  • De Paris à Calais, par Boulogne ;
  • De Paris à Gand, par Lille ;
  • De Paris à Mayence.

Ce mémoire (non retrouvé dans les archives), en fait un précurseur des chemins de fer en France, mais aussi un visionnaire qui avait eu avant tous les autres, l'intuition de la rupture stratégique que représentait le chemin de fer.

Il prend sa retraite à Boulogne sur Seine. En visite chez sa fille, receveuse des Postes à Sury-le-Comtal, il y meurt le 30 mai 1865 et est inhumé dans le cimetière de Montbrison. Sur sa tombe, préservée par l’Association des Amis du Rail du Forez (ARF), on peut lire : « Ici repose Pierre-Michel Moisson-Desroches, ingénieur en chef des mines, promoteur des chemins de fer en 1814, né à Caen le 9 juillet 1785, décédé le 30 mai 1865 ». Cette tombe, retrouvée par hasard en 1913 dans une partie du cimetière dédiée au déblayage et au nettoyage, laissée à l'abandon, a fait l'objet, en 2014, d'une rénovation par l'ARF (Amis du Rail du Forez), la ville de Montbrison et le Conseil Général de la Loire.

Malgré ces quelques bouts de lignes construites, inspirées mais non copiées du modèle anglais, la France accumule un retard sur les autres grandes nations industrielles, aussi à la fin de l'année 1841, la France avait un net retard sur les autres pays industrialisés dans la construction de son réseau ferré. Celui-ci comprenait seulement 319 kilomètres en exploitation, sur 566 concédés, alors que l'Angleterre en avait concédé 2521, les États allemands 627 et la Belgique 378, sans parler des États-Unis qui en exploitaient 5 800 km et en avaient concédé 15 500 km. En outre, l'État n'avait pas de politique claire, tant sur la consistance du réseau à construire que sur le régime d'exploitation à retenir.

La loi relative à l'établissement des grandes lignes de chemin de fer en France du 11 juin 1842 marque un tournant dans la construction des chemins de fer en France après cette longue période de tâtonnements. François Guizot, ministre du roi Louis-Philippe, promulgue cette loi décisive sur les chemins de fer. Elle va dessiner le futur réseau ferré français et relancer l'investissement en remédiant à l'insuffisance de capitaux. Par cette loi, l'État promet en effet des monopoles avec des concessions à long terme aux compagnies privées qui voudront se lancer dans l'aventure. L'article premier de cette loi est ainsi rédigé  :

« Il sera établi un système de chemins de fer se dirigeant :

  1. De Paris:

¨ Sur la frontière de la Belgique, par Lille et Valenciennes ;

¨ Sur l'Angleterre, par un ou plusieurs points du littoral de la Manche, qui seront ultérieurement déterminés ;

¨ Sur la frontière de l'Allemagne, par Nancy et Strasbourg ;

¨ Sur la Méditerranée, par Lyon, Marseille et Cette ;

¨ Sur la frontière d'Espagne, par Tours, Poitiers, Angoulême, Bordeaux et Bayonne ;

¨ Sur l'Océan, par Tours et Nantes ;

¨ Sur le centre de la France, par Bourges ;

  1. De la Méditerranée sur le Rhin, par Lyon, Dijon et Mulhouse;
  2. De l'Océan sur la Méditerranée, par Bordeaux, Toulouse et Marseille»
v6s_savoirplus Repris dans le Bulletin N° 303 de Sept-Oct 2023, vous trouverez ci-après le lien vers le dossier complet. fleche_0033  Dossier complet au format PDF

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